La quête
Posté : ven. 11 juil. 2008 21:28
Alors que s'égrène la sonate pour violoncelle seul op. 8 de Kodaly dans le séjour, je médite sur notre rapport à la musique et à nos chaînes, nous autres, hybrides de cette chimère aux deux têtes de l'audiophile Cabassien et du mélomane.
Nous qui cherchons à toujours pénétrer plus loin l'essence d'un enregistrement, à retrouver son temps, son lieu et son action originels, à vouloir revivre la tragédie, la comédie, encore et encore. Nous le faisons bien sûr à coups d'euros, mais aussi à force de tâtonnements, d'essais, d'écoutes, de changements, de patience, de frustrations, de plaisirs.
Qu'est-ce qui fait de nous ces êtres curieux, parfois au point de susciter l'étonnement contrit de nos proches, qui semblent incapables de cerner notre démarche, mais qui y souscrivent tendrement avec l'arrière pensée de ne pas contrarier un gentil demeuré? Tels des croyants nous créons notre lieu de culte: la source, son coeur de voix, sa salle du temple, avec le banc d'écoute- plus confortable qu'à la cathédrale je vous l'accorde ! - .
Sommes nous des victimes de la compulsion du toujours mieux, en ceci les pantins d'un autre temple, celui de la consommation, du marché ?
Sommes-nous des amoureux fous de la musique au point de souffrir pour elle lorsqu'elle est trahie par une chaîne infidèle?
Avons-nous des oreilles de haute précision, ne supportant pas le flou, l'irrespect des notes?
Intégristes auditifs, "jusquauboutistes" du timbre parfait, de la dynamique idéale, de l'image stéréo exacte?
Peut-être sommes nous des férus de science, de technologie, dont la passion pour le rationnel s'épanouit, se concilie en se mélant à notre amour de la musique par le biais de la maison Cabasse, dont les piliers sont les recherches acoustiques, une expression pour ne pas dire un "entendement sonore" des mathématiques et de la physique?
Sommes nous amoureux d'un discours sur la musique et sa reproduction?
Sommes nous simplement des esthètes, des jouisseurs insatiables, voulant rejouer les plaisirs passés, ceux que nous avons connu, mais aussi les autres, parfois au point de les sacraliser, concerts mythiques, albums cultes?
Encore peut-être des explorateurs du passé ou de l'ailleurs, de ces enregistrements d'avant notre naissance, de ces studios du bout du monde, de ces concerts où nous n'étions pas, on nous n'aurions pas pu y être? Nous explorerions ainsi un continent mystérieux, celui des musiques qui restent à écouter.
D'autres encore forment - plus ou moins consciemment - des embryons d'artistes, pour lesquels l'acte d'assembler les maillons de sa chaîne, de jouer et rejouer ses plages préférées est en soi et pour soi la construction d'une oeuvre d'art, qui s'efforce sans cesse de tenter de reproduire à l'identique l'essence de l'enregistrement, voulant à toute force mettre en adéquation parfaite la forme (la reproduction) à son contenu (l'oeuvre), réalisant des tableaux sonores, des sculptures acoustiques éphémères, tels les grecs et leur art classique de la pierre.
Peut-être d'autres choses encore? Qu'en pensez-vous les amis?
voilà, fin du disque, fin de mes atermoiements audiophilesques. Cela vous fera à votre tour réfléchir, ou pas, fera marrer, ou sourire les plus expérimentés d'entre nous, par l'âge, la culture, ou le matériel, peut-être hors de ce chemin...
Bonne soirée à toutes et à tous, et bonnes écoutes!
Nous qui cherchons à toujours pénétrer plus loin l'essence d'un enregistrement, à retrouver son temps, son lieu et son action originels, à vouloir revivre la tragédie, la comédie, encore et encore. Nous le faisons bien sûr à coups d'euros, mais aussi à force de tâtonnements, d'essais, d'écoutes, de changements, de patience, de frustrations, de plaisirs.
Qu'est-ce qui fait de nous ces êtres curieux, parfois au point de susciter l'étonnement contrit de nos proches, qui semblent incapables de cerner notre démarche, mais qui y souscrivent tendrement avec l'arrière pensée de ne pas contrarier un gentil demeuré? Tels des croyants nous créons notre lieu de culte: la source, son coeur de voix, sa salle du temple, avec le banc d'écoute- plus confortable qu'à la cathédrale je vous l'accorde ! - .
Sommes nous des victimes de la compulsion du toujours mieux, en ceci les pantins d'un autre temple, celui de la consommation, du marché ?
Sommes-nous des amoureux fous de la musique au point de souffrir pour elle lorsqu'elle est trahie par une chaîne infidèle?
Avons-nous des oreilles de haute précision, ne supportant pas le flou, l'irrespect des notes?
Intégristes auditifs, "jusquauboutistes" du timbre parfait, de la dynamique idéale, de l'image stéréo exacte?
Peut-être sommes nous des férus de science, de technologie, dont la passion pour le rationnel s'épanouit, se concilie en se mélant à notre amour de la musique par le biais de la maison Cabasse, dont les piliers sont les recherches acoustiques, une expression pour ne pas dire un "entendement sonore" des mathématiques et de la physique?
Sommes nous amoureux d'un discours sur la musique et sa reproduction?
Sommes nous simplement des esthètes, des jouisseurs insatiables, voulant rejouer les plaisirs passés, ceux que nous avons connu, mais aussi les autres, parfois au point de les sacraliser, concerts mythiques, albums cultes?
Encore peut-être des explorateurs du passé ou de l'ailleurs, de ces enregistrements d'avant notre naissance, de ces studios du bout du monde, de ces concerts où nous n'étions pas, on nous n'aurions pas pu y être? Nous explorerions ainsi un continent mystérieux, celui des musiques qui restent à écouter.
D'autres encore forment - plus ou moins consciemment - des embryons d'artistes, pour lesquels l'acte d'assembler les maillons de sa chaîne, de jouer et rejouer ses plages préférées est en soi et pour soi la construction d'une oeuvre d'art, qui s'efforce sans cesse de tenter de reproduire à l'identique l'essence de l'enregistrement, voulant à toute force mettre en adéquation parfaite la forme (la reproduction) à son contenu (l'oeuvre), réalisant des tableaux sonores, des sculptures acoustiques éphémères, tels les grecs et leur art classique de la pierre.
Peut-être d'autres choses encore? Qu'en pensez-vous les amis?
voilà, fin du disque, fin de mes atermoiements audiophilesques. Cela vous fera à votre tour réfléchir, ou pas, fera marrer, ou sourire les plus expérimentés d'entre nous, par l'âge, la culture, ou le matériel, peut-être hors de ce chemin...
Bonne soirée à toutes et à tous, et bonnes écoutes!